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DEUX POÈMES INÉDITS

Récités par Albert Cohen lors de l’émission Apostrophes du 23/12/1977

 

Albert Cohen et Marcel Pagnol

en 3° au lycée Thiers

 

 

J’aurais voulu savoir manier le burin,

Rendre vivant le marbre ou l’albâtre fragile

Ou d’un pouce savant modeler sur l’argile

Ou graver finement les médailles d’airain.

 

Je n’aurais pas sculpté Jupiter souverain

Ni Phébus Apollon, père du grand Virgile,

Ni l’athlète vainqueur aux jeux d’un pied agile

Ni le cheval nerveux qui frémit sous le frein.

 

Non, ce que j’aurais fait de l’informe matière,

De l’onyx, du bronze sombre ou de la pierre

C’est ton visage clair, rayonnant de beauté,

 

Ton visage pervers et puéril de femme

Et dans mon œuvre j’aurais mis toute mon âme,

Pour l’imposer, splendide, à l’immortalité.

 

(1909)

 

 

 

 

À Albert Cohen

 

Déjà l’aurore au loin glace le ciel de rose

L’horizon est empli de frais rayonnements

Déjà dans le bois noir s’éveille toute chose

Chasse le lourd sommeil et les rêves moroses

Et courons dans les frais ravins joyeusement.

 

Nous irons nous asseoir dans une grotte sombre

Que la mousse tapisse et que le lierre épais

Voile d’un frais rideau vivace aux fraîches ombres

Nous y ferons vibrer l’écho de chants sans nombre

Dans la douceur tranquille et molle de la paix.

 

Tandis que les vieux boucs bêlant sous les yeuses

Brouteront le cytise odorant et le thym

Viens, courons tous les deux l’âme jeune et joyeuse

Dans l’ivresse légère et douce des matins.

 

 

Avec l’aimable autorisation de Marcel Pagnol Communication